Senlis, Chantilly, Compiègne les principales villes de l'Oise

Fausses jumelles mais authentiques cités respirant l'histoire, les deux principales villes de l'Oise voisinent avec Compiègne, qui ferait presque figure de rebelle.

Parisiens, sachez qu'il est un monde après Roissy, qu'il y a une vie au-delà du parc Astérix. Poussez de quelques kilomètres et vous tombez sur deux des plus beaux fleurons du style français. Situés non point en Ile-de-France mais dans l'extrême sud de l'Oise (donc de la Picardie), Senlis et Chantilly sont deux jumelles inconciliables. Si Chantilly est festive et éclatante, pocharde et hippique, Senlis est discrète et charmeuse, bourgeoise et rangée. Chantilly, ville à la démesure du Grand Condé, possède les plus folles écuries du monde et un château au parc prodigieux. On vient de partout suivre ses courses mondaines, dans un hippodrome où rôde le parfum argenté de l'Aga Khan, notable absolu de la ville. À Chantilly, le crottin se mêle à la sève, car la forêt pénètre la ville pour accueillir les chevaux de courses qui s'y entraînent au petit jour. À Chantilly, on parle presque autant français qu'anglais, on joue au golf, au polo, on se reçoit le week-end puis on saute dans un train, car Paris n'est qu'à vingt-quatre minutes.

 

À Senlis, tout est plus lent: pas de train depuis les années 1920, ce qui a permis à la ville d'éviter les bombardements en temps de guerre (voyez Creil la défigurée!). Si Senlis est plus calme, elle est plus élégante, moins bling-bling. Plus endormie, aussi. À l'image de ses ruelles pavées, de ses murs couverts de lierre, de ses hôtels particuliers enchâssés les uns aux autres, qui font de cette cité une vue en coupe de l'histoire de France. Ville gauloise puis romaine, ville où les Capétiens prirent souche, Senlis n'a jamais été détruite, empilant les âges comme autant de vêtements. Sa muraille antique serpente parmi les maisons Renaissance, enrobe sa cathédrale, dessine son évêché. Combien de films ont été tournés dans ces venelles tortueuses? Louis Malle, Claude Miller, Coluche, James Ivory ont posé leurs caméras sur ces pavés anarchiques. Le chef-d'œuvre restant Le Roi de cœur de Philippe de Broca, écrit par ce Senlisien historique: Daniel Boulanger. Senlis, ville aux trois forêts, c'est la pierre et l'arbre. On y respecte les murs autant que les feuilles, et chaque maison cache un jardin secret. Venez aux Journées du patrimoine pour pousser les portes cochères et escalader les murets. Enfoncez-vous dans ces caves gothiques, qui pullulent sous la ville, surplombant elles-mêmes des souterrains ancestraux. À Senlis, l'histoire s'est arrêtée pour sourire au soleil du printemps, avec une douceur un peu lasse et mille trésors cachés. À Chantilly, l'histoire exhibe fièrement ses appâts, dans un bruit de sabots. Ces jumelles sont trop belles et trop proches pour qu'on préfère l'une à l'autre.

Compiègne, dont la devise est «Au roi et au royaume la plus fidèle», est une ville de patrimoine sûre de ses racines. Récemment rénové dans son état d'origine, le cloître Saint-Corneille (accès place du Change) inaugurera en septembre un tout nouveau musée lapidaire. On pourra y admirer trente-cinq sculptures, principalement médiévales, issues des collections du Musée Antoine-Vivenel (2, rue d'Austerlitz, tél.: 03 44 20 26 04). Dans le parc de Songeons, ce musée d'art et d'archéologie - dont la rénovation débutera fin 2013 - abrite la deuxième plus importante collection de vases grecs en France. Pour le contemporain, se tourner vers la galerie d'art Bayart (17, cours Guynemer, tél.: 03 44 20 44 25).


Énergique Compiègne

Sports de cape et d'épée

Le terrain équestre du Grand Parc accueille, du 31 mai au 3 juin, le deuxième Concours international de dressage (CDI). Une répétition générale avant les JO de Londres, pour 160 cavaliers. L'association «Les Archers de Compiègne» dispose de trois pas de tir, couverts et en plein air, où l'on peut pratiquer le tir à l'arc, à l'arbalète, au pigeon, beursault… Centre régional de tir à l'arc, ZAC de Mercières Zone 4, 2, rue Jacques-Daguerre. Tél.: 03 44 23 04 43.

Le Cercle d'escrime, lui, est ouvert le soir, les lundis et mercredis, et le samedi matin. Gymnase de la Piscine, 15, av d'Huy. Tél.: 03 44 20 06 09. escrime.compiegne@wanadoo.fr


Gourmandises

Les Picantins sont une institution gastronomique. Nommés d'après les trois personnages qui «piquent le temps» sur le beffroi de l'hôtel de ville, ces noisettes enrobées de nougatine et de chocolat sont produites depuis quatre générations dans la chocolaterie du même nom. 15, rue Jean-Legendre. Tél.: 03 44 40 05 43.www.lespicantins.com

L'épicerie et primeur Le Panier Bio de Sandrine a récemment ouvert au 4, rue des Pâtissiers (le coin historique des métiers de bouche). Mais les habitants sont déjà sous le charme. On y trouve notamment d'excellentes pommes et poires de Picardie et les bières bio Gueule Cassée produites à Pierrefonds. Tél.: 09 53 44 13 40. www.lepanierbiodesandrine.com

Le Manicamp, ce fromage oisien au lait de vache, rencontre un joli succès le samedi matin sur le marché, depuis qu'Olivier Timmerman l'a remis au goût du jour. Qui croirait que cette brique orangée, à pâte molle et croûte lavée, avait disparu dans les années 1960? Rue Charles-le-Chauve, tous les sam. de 7  heures à 13 heures.

Fleur de thé: le rendez-vous des copines. Les Compiégnoises ne tarissent pas d'éloges sur ce salon de thé fait de bric et de broc. La carte du midi change chaque semaine. En ce moment, dégustez une terrine de lotte avec un flan de parmesan et de tomates cerises. Formule: 14,80 €. 7, rue des Pâtissiers. Tél.: 03 44 20 46 43.

Pour un déjeuner plus «cuisine du monde», direction L'Agapée (formule: 13,50 €). 5, rue de l'Étoile. Tél.: 03 44 75 69 17.

La Cantina: le rendez-vous des copains. Nouvelle adresse à la mode dans la Vieille Ville, ouverte par un fils d'Italien, qui sert des pastas le midi et des tapas de la Botte en fin de semaine. 2, rue des Lombards. Tél.: 03 60 19 08 87 ou 06 22 45 64 52.


Le coin mode

Hei Tiki. Crédits photo : DR

Hei Tiki, détonne. Entre les robesbohème-chic de Sessun (95 € le joli modèle avec un imprimé liberty), les baskets écoresponsables Véja ou les tee-shirts plus «street-wear» de Qhuit (32 €)…, ce petit concept-store branché, ouvert il y a trois ans et demi, donne la priorité aux marques pointues. Également en vente: des livres sur le graphisme, des art toys et des luminaires-boules en bois conçus par le designer australien David Trubridge. 1, rue Pâtissiers. Tél.: 03 44 97 57 13.


La vie de château à Chantilly

Belles balades

Moins varié et historique que Senlis, Chantilly dispose de deux monuments incontournables: le château et les Grandes Écuries, tous deux œuvres du Grand Condé.

Si le château renferme l'un des plus beaux musées de France (Musée Condé, de 10 h à 18 h), les écuries cachent un passionnant Musée vivant du cheval, actuellement fermé. On peut toutefois visiter ce prodigieux bâtiment (à partir de 13 h 30).

Les plus petits iront découvrir le charmant Potager des princes, où l'on assiste à des courses de lapins et à des opéras de poules (17, rue de la Faisanderie) !

Enfin, on ira évidemment aux courses à l'hippodrome, pour les incontournables Prix du Jockey Club (premier dimanche de juin) et Prix de Diane (deuxième dimanche de juin).


Les meilleures adresses

Ville où se nichent maints gastronomes, Chantilly est trop proche de Paris pour disposer d'une table digne de ce nom. On citera toutefois Le Goutillon, roboratif et très attachant bistrot «à la mode vieille». Gras double, viandes de qualité, frites de compétition: ça n'a rien d'un salon de thé. Et Bernard, le taulier, vaut à lui seul le déplacement. (61, rue du Connétable, tél.: 03 44 58 01 00).

Ville hippique, donc très anglo-saxonne, Chantilly possède une vraie colonie britannique. Nostalgique du Jell-O, de vrais thés et de marmelades, ils vont s'approvisionner à l'English Shop (96, rue du Connétable, tél.: 03 44 57 22 20, du mar. au dim. de 10 h à 19 h).

Rien de plus élégant qu'un cavalier. À Chantilly, il s'habille au Sporting Tailor(36, avenue du Maréchal-Joffre, tél.: 03 44 57 04 81). Authentique tailleur à l'ancienne, il fait des casaques de jockey, des breeches (culottes de cheval) à larges oreilles et des costumes sur mesure à l'anglaise.

Pour des produits locaux et bio, la Ferme de la Nonette propose œufs, viande, fromage, miel, pâtés, légumes, poulets présentés dans des paniers en osier (rue du Pont-du-roi, tél.: 03 44 57 25 23).

Quand les Cantiliennes ne font pas leurs courses à Paris (24 min en train), elles vont chez Rue du Jour acheter vêtements, chaussures, accessoires: IKKS, Sarah Pacini, Essentiel, Mia Zia, Indies, De La Vega ( 111, rue du Connétable, tél.: 03 44 57 12 76).

Fromagerie le Buron des condés. Crédits photo : DR

Dans la fromagerie Le Buron des Condés (68, rue du Connétable, tél.: 03 44 57 56 77), on connaît son métier. Si vous commandez un fromage hors saison, gare à l'engueulade! On ne plaisante pas avec les laitages! Dès 5 h 30 le matin, le Chantilly des courses vient boire son café-calva et cancaner au Chasse à Cour(33, av. du Général-Leclerc, tél.: 03 44 57 02 01), le must du bar PMU. C'est au bord de la nationale, ça sent le crottin et la selle, mais c'est ici que tout se dit et se passe.


Mythiques porcelaines

Célèbres dans le monde entier, les Porcelaines de Chantilly sont toujours là. Outre assiettes, saucières et plats de toutes sortes, elles fabriquent quelques petits bibelots incontournables tels que «La dame au pot» (une servante en jupons assise sur un vase de nuit), «Monsieur et Madame Denis» (un couple de «seniors» au lit) ou «Le coq et la poule» (deux gallinacées concevant un poussin). (2, place Omer-Vallon.Tél.: 03 44 67 16 16).


Senlis, en odeur de sainteté(s)

Belles balades

Senlis étant en soi un musée, il suffit de s'enfoncer dans ses rues médiévales pour faire un saut dans le temps et l'histoire.La cathédrale Notre-Dame (XIIe-XVIe s), les églises Saint-Pierre et Saint-Frambourg, les remparts gallo-romains, l'abbaye de Saint- Vincent, jusqu'aux étranges arènes: tout est à voir.

Pour ce qui est des musées, ils sont tous regroupés autour de la cathédrale. Le Musée d'art et d'archéologie plonge dans la mémoire d'une ville doublement millénaire. Le Musée des spahisrevient sur la grandeur coloniale et rappelle que Senlis fut une ville de garnison. Quant au Musée de la vénerie, il offre une passionnante histoire picturale de la chasse à cour. Place Notre-Dame.www.musees-senlis.fr

À la sortie de Senlis (route de Nanteuil), le château de Valgenceuse offre un parc exquis et bucolique, qui rappelle Le Grand Meaulnes. Visites en juillet et septembre, ou sur rendez-vous. Tél.: 03 44 53 02 46.

Enfin, les trois forêts ceinturant Senlis (Halatte, Ermenonville et Chantilly: circuits de grandes randonnées GR11 et GR12) offrent d'infinies balades, avec une prédilection pour mai et octobre.


Les meilleures adresses

Le Comptoir Senlisien.Crédits photo : DR

Senlis, ville où les desperate housewifes ont du temps à perdre, est riche en salons de coiffure et de thé. Parmi ces derniers, Le Comptoir Senlisien est sans conteste le plus cosy. Bon, raffiné, il bénéficie d'une déco créée par l'artiste senlisien Franck Evenou. 2, impasse de la Chaufferette. Tél.: 03 44 60 62 02. Tous les jours sauf le lundi, de 9 h 30 à 18 h 30.

Ville d'art et aussi d'histoire, Senlis possède deux solides librairies. La Librairie Saint-Pierre(1, rue Saint-Pierre, tél.: 03 44 60 92 20) est la bonne librairie généraliste de la ville, spécialiste en livres religieux (à Senlis, on aime Dieu). La librairie Le Verbe et l'Objet (10, place Henri-IV. Tél.: 03 44 60 61 98) est plus sélective, et propose de ravissants articles de papeterie.

De nombreuses pâtisseries, à Senlis, mais la meilleure reste la plus ancienne: Richet (13, place Henri-IV. Tél.: 03 44 53 50 47).


Une table qui sort du lot

Curieusement, Senlis est désespérément pauvre en restaurants. Le Scaramouche (4, place Notre-Dame) dispose d'une magnifique vue sur la cathédrale mais sa table est bien morne. C'est pourquoi on se ruera sans retenue sur Le Julianon, un vrai petit miracle. Après neuf ans passés chez Senderens, le Varois Richard Baima a créé cette échoppe discrète où il propose une cuisine intelligente, atypique et joyeusement bistronomique. Idéalement, allez-y les mardis et vendredis, à déjeuner, car c'est jour de marché et les plats du jour sont souvent succulents. (5, place Gérard-de-Nerval, tél.: 03 44 32 12 05. De 12 h à 13 h 45 et de 19 h 45 à 21 h 45. Fermé le lund. soir, sam. midi et dim. toute la journée.)

 

Enfin, la Senlisienne chic et raisonnablement branchée file dépenser son argent chez Indigo (2, place de la Halle. 03 44 60 39 43).

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